Un petit restaurant de Montparnasse, à Paris. Le service se termine, et deux artistes ne peuvent pas payer leur repas. Personne ne sait encore qu'ils deviendront célèbres. Pour l'instant, il y a juste une femme qui a travaillé toute la soirée, et deux hommes qui lui doivent de l'argent.
Elle tient le restaurant. Elle compte, elle nourrit, elle protège. Chez elle, faire les comptes et prendre soin des gens, c'est le même geste. Ce n'est pas la patronne naïve qu'on pourrait croire.
Le peintre qui connaît toutes les portes, et surtout les sorties. Il reste toujours près du dehors : il ne supporte pas qu'on le retienne.
Le peintre qui finit toujours par rentrer chez quelqu'un d'autre, mais qui ne supporte pas non plus d'être retenu.
Le personnage principal n'est pas un être humain. C'est la peinture qui naît sur le mur du restaurant cette nuit-là. Elle ne parle pas, mais tout tourne autour d'elle : dans quel état elle est, qui la garde, ce qu'elle vaut. Chaque scène doit changer au moins l'une de ces choses. Les humains passent ; la peinture reste, cachée mais bien vivante.
Le jeu emprunte sa manière de raconter à trois grands cinéastes. On n'a pas besoin de les connaître pour jouer, mais voilà ce que chacun apporte :
Chaque solution crée un nouveau problème, et un détail bien concret vient toujours couper court aux grands sentiments.
La tendresse naît de ce que chacun sait déjà de l'autre, pour l'avoir vécu (un moment à part, dans la réserve du restaurant).
Quelqu'un d'absent fait parler tout le monde, et chacun raconte une version différente. Le témoin le plus sûr en apparence est parfois celui qui a le plus à cacher.